Le capitalisme a plus de 5000 ans

L'histoire du capitalisme est bien plus longue et complexe qu'on ne le pense généralement. Pour comprendre le système économique dominant aujourd'hui, il est crucial de remonter aux sources, bien au-delà de la Révolution industrielle. Le commerce du lapis-lazuli en Mésopotamie, dès le troisième millénaire avant J.-C., illustre déjà plusieurs éléments clés du capitalisme: l'accumulation de richesses, la recherche du profit, et la complexité des réseaux commerciaux internationaux. Des milliers de tonnes de cette pierre précieuse ont été transportées sur des milliers de kilomètres, témoignant d'une organisation économique sophistiquée et d'une forte demande, générant des profits importants pour les acteurs impliqués dans ce commerce.

Ce système économique, que nous qualifions de capitalisme, repose sur des principes fondamentaux : l’accumulation de capital, la propriété privée des moyens de production, la recherche du profit, la concurrence et l'innovation. Bien que l'intensité de ces éléments varie selon les périodes et les contextes, leur présence récurrente tout au long de l’histoire démontre la longévité du système et son adaptation constante aux contextes socio-économiques.

Le capitalisme dans l'antiquité : des pratiques économiques sophistiquées

L'Antiquité, loin d'être une période uniquement marquée par l'agriculture et l'artisanat, a vu le développement de pratiques économiques complexes, annonciatrices du capitalisme moderne. Des empires puissants comme ceux de Mésopotamie, d'Égypte et de Rome ont mis en place des systèmes économiques qui présentent des éléments capitalistes, même si la structure globale de leurs économies était très différente de celle des sociétés capitalistes modernes.

Mésopotamie : le rôle central des temples et le commerce à grande échelle

En Mésopotamie, vers 3000 avant J.-C., les temples agissaient comme des acteurs économiques majeurs, contrôlant de vastes terres et accumulant des richesses considérables. Le commerce à longue distance, avec des réseaux commerciaux s'étendant jusqu'en Afghanistan pour le lapis-lazuli et jusqu'en Anatolie pour l'étain, était crucial. Des contrats écrits, comme ceux retrouvés sur des tablettes d'argile, régissaient les transactions commerciales, et des codes de lois, tel le Code d'Hammurabi (environ 1750 avant J.-C.), fixaient les règles du jeu économique. L'apparition du crédit, avec des prêts à intérêt, témoigne de la naissance d'un système financier rudimentaire, un aspect essentiel de l'économie capitaliste.

  • Chiffre clé 1 : Le Code d'Hammurabi contient plus de 280 articles régissant les aspects économiques de la vie mésopotamienne.

Égypte antique : agriculture intensive et accumulation de richesses

En Égypte, le système économique était basé sur l'agriculture intensive, grâce à la maîtrise de l'irrigation du Nil. La propriété privée des terres était courante, et l'organisation du travail, impliquant des corvées et le recours à l’esclavage, permettait de mobiliser d’importantes ressources humaines pour des projets gigantesques. Les pharaons et l'administration contrôlaient une part importante de l'économie, mais l'accumulation de richesses par des individus était également un phénomène important. Les tombes royales et les monuments pharaoniques, comme les pyramides (avec des coûts de construction estimés à des millions d'heures de travail), témoignent de la capacité à mobiliser des ressources considérables grâce à un système d'organisation centralisé. Des réseaux commerciaux importants se sont développés en Méditerranée, échangeant des produits avec le Levant et la Crète.

  • Chiffre clé 2 : La Grande Pyramide de Gizeh a nécessité environ 2,3 millions de blocs de pierre, chacun pesant en moyenne 2,5 tonnes.

Grèce antique : compétition entre Cités-États et débuts de la spéculation

En Grèce, l'essor des cités-États a favorisé une intense compétition économique. Le commerce maritime était vital, permettant des échanges à grande échelle. L'esclavage était largement répandu, fournissant une main-d'œuvre bon marché. Les prêts à taux d'intérêt très élevés montrent des pratiques de spéculation financière naissante. L'Athènes du 5ème siècle avant J.-C., à son apogée, a connu une grande prospérité économique grâce à son contrôle de la mer Égée et de ses vastes réseaux commerciaux, notamment avec la mer Noire. Cette richesse a permis un essor culturel et artistique exceptionnel.

  • Chiffre clé 3 : La population d'Athènes à son apogée est estimée entre 250 000 et 300 000 habitants.

Rome antique : latifundia et développement des marchés financiers

L'expansion de l'empire romain a considérablement stimulé le commerce, créant un vaste marché intégré. Les latifundia, de grandes exploitations agricoles, produisaient à grande échelle pour nourrir les villes. La monnaie romaine a facilité les transactions, tandis que le développement des marchés financiers, notamment à Rome, a permis des opérations plus complexes. Cependant, l'économie romaine reposait également fortement sur le pillage et l'exploitation des populations conquises, limitant le développement d'un capitalisme basé sur l'innovation et la concurrence à grande échelle au sens moderne du terme.

  • Chiffre clé 4 : L'empire romain à son apogée couvrait environ 5 millions de kilomètres carrés.

Le capitalisme au Moyen-Âge et à la renaissance : une transformation progressive

Le Moyen-Âge et la Renaissance ont marqué une transformation significative des systèmes économiques, avec une coexistence d'éléments pré-capitalistes et de nouvelles structures économiques plus complexes. L'influence de l'Église, le développement du commerce et l’essor des villes ont joué un rôle crucial dans cette mutation progressive.

Le rôle ambivalent de l'église et le développement des techniques agricoles

L'Église catholique, bien que condamnant l'usure, a participé à l'activité économique. Les monastères ont géré de vastes propriétés foncières et ont mis au point des techniques agricoles améliorées, contribuant à l'accroissement de la production alimentaire. L’interdiction de l’usure, pourtant, n’a pas empêché le développement de pratiques financières créatives, contournant les interdits religieux pour assurer le financement de l'économie.

L'essor des villes et le développement du crédit

L'essor des villes au Moyen Âge a créé de nouveaux centres économiques. Les marchands et les artisans se sont organisés en corporations, régulant la production et le commerce. Le développement progressif du crédit, notamment par les banques italiennes à partir du XIIIe siècle, a grandement facilité les échanges commerciaux à plus grande échelle. Les foires commerciales, points de rencontres entre marchands de différentes régions, ont joué un rôle essentiel dans l'expansion du commerce. La Ligue hanséatique, par exemple, contrôlait un vaste réseau commercial en Europe du Nord et accumulait d'énormes richesses.

  • Chiffre clé 5 : La Ligue hanséatique comptait à son apogée environ 200 villes membres.

La renaissance, les découvertes géographiques et le mercantilisme

Les grandes découvertes du XVe et XVIe siècles ont bouleversé le commerce mondial. L'essor des empires coloniaux européens a engendré une accumulation de richesses sans précédent, tirée de l’exploitation des colonies. Les politiques mercantilistes, favorisant les exportations et limitant les importations, visaient à accroître la puissance économique des États-nations. L'accumulation de métaux précieux en provenance des Amériques a également eu un impact majeur sur l'économie européenne.

  • Chiffre clé 6 : L'arrivée de l'or et de l'argent en provenance d'Amérique a provoqué une inflation considérable en Europe.

Du capitalisme commercial au capitalisme industriel et au-delà

La révolution industrielle, à partir de la fin du XVIIIe siècle, marque un tournant majeur dans l'histoire du capitalisme. Des transformations technologiques sans précédent ont bouleversé les modes de production, entraînant des conséquences sociales et économiques de grande envergure.

La révolution industrielle et l'émergence du prolétariat

Les innovations technologiques, telles que la machine à vapeur et le métier à tisser mécanique, ont permis une hausse spectaculaire de la production. La concentration du capital dans les usines et l'émergence du salariat ont transformé le paysage social. L’exploitation du travail, les bas salaires et les mauvaises conditions de travail ont engendré de fortes inégalités sociales et ont donné naissance au mouvement ouvrier et à la lutte des classes, un aspect intrinsèquement lié au développement du capitalisme industriel. Le développement de la mécanisation a favorisé la production de masse et la croissance exponentielle de l'économie.

  • Chiffre clé 7 : La population de Londres a plus que triplé au cours du XIXe siècle, passant de moins d'un million d'habitants à plus de 6 millions.

Le capitalisme au XXe et XXIe siècles : globalisation et nouveaux défis

Au XXe siècle, l’interventionnisme étatique dans l'économie a pris de l'importance, notamment avec le capitalisme d'État. Le néolibéralisme, dominant depuis les années 1980, a favorisé la dérégulation et la privatisation. La mondialisation a accru l'interdépendance des économies. Au XXIe siècle, le capitalisme de plateforme, avec des acteurs comme Amazon, Google et Facebook, représente une nouvelle phase du capitalisme, caractérisée par une économie numérique et une concentration du pouvoir économique sans précédent. Les enjeux liés à l’inégalité, à la durabilité environnementale et à la régulation de ces nouvelles puissances économiques représentent des défis majeurs pour les sociétés contemporaines.

  • Chiffre clé 8 : Les cinq plus grandes entreprises technologiques mondiales représentent plus de 5000 milliards de dollars de capitalisation boursière.
  • Chiffre clé 9 : Plus de 4 milliards de personnes utilisent internet dans le monde.
  • Chiffre clé 10 : La production mondiale a augmenté de plus de 8 fois depuis 1950.
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